Capucine
Tropaeolum majus

La fleur orange à tout faire du potager. La capucine est belle, increvable, entièrement comestible au goût poivré, et surtout c'est la meilleure plante-piège qui soit : les pucerons se jettent dessus et épargnent les légumes voisins.
La capucine est de ces plantes qu'on adopte pour de bon dès qu'on les a essayées une fois. Ses fleurs en trompette, d'un orange vif, jaune ou rouge, sont reconnaissables entre toutes, avec leurs cinq pétales dentelés et ce petit éperon recourbé à l'arrière qui contient le nectar. Son feuillage est tout aussi joli, fait de feuilles rondes en forme de bouclier, où les nervures rayonnent depuis le centre comme sur un parasol.
Côté origine, c'est une voyageuse. La capucine vient des Andes, et sa présence en Europe est liée à la colonisation des Amériques : les conquistadors espagnols rapportèrent la petite capucine du Pérou au XVIe siècle, puis les Néerlandais importèrent la grande capucine au XVIIe. Chez nous, c'est une vivace originaire du Pérou qu'on cultive comme une annuelle d'été, car elle ne survit pas au gel.
Il existe deux grands ports selon les variétés. Les capucines naines, compactes, forment de petites touffes parfaites en bordure ou en pot. Les grimpantes, elles, peuvent monter jusqu'à trois mètres et habillent un grillage ou retombent en cascade d'une suspension. À toi de choisir selon l'endroit, mais le caractère reste le même : généreuse et facile.
Son plus grand atout au jardin, on y revient en détail plus bas, c'est d'être une plante-piège. Les pucerons l'adorent au point de la préférer à presque tout le reste, ce qui en fait une sentinelle précieuse. Et comme si ça ne suffisait pas, elle est aussi mellifère et entièrement comestible. Difficile de demander plus à une seule fleur.
La capucine est sans doute la fleur la plus facile à semer qui soit, idéale pour débuter ou pour faire jardiner des enfants. Ses graines sont grosses, faciles à manipuler, et lèvent vite. On sème directement en place, là où la plante doit pousser, car elle se repique mal. Le bon moment, c'est de mars à mai, après les dernières gelées, en enfonçant la graine à environ la profondeur d'un ongle, soit un centimètre et demi.

Pour l'emplacement, elle aime le soleil, qui lui assure une belle floraison, même si elle tolère un peu d'ombre. Et comme l'œillet d'Inde et la bourrache, elle a une particularité contre-intuitive : elle préfère un sol pauvre, car une terre trop riche en azote favorise le feuillage au détriment des fleurs. Donc surtout pas d'engrais, on la plante dans une terre ordinaire et bien drainée, et elle se débrouille très bien toute seule.
C'est là que se joue tout son intérêt stratégique. Beaucoup de gens la plantent dans un massif décoratif loin du potager, là où elle ne sert à rien contre les ravageurs. Sa vraie place, c'est au pied des cultures les plus vulnérables aux pucerons, comme les haricots, les fèves, les courges ou les choux, où elle joue son rôle de piège vivant.

L'entretien de la capucine tient en une phrase : il n'y en a presque pas. Un arrosage modéré, surtout par temps sec, en évitant de détremper la terre car elle redoute l'excès d'eau qui fait pourrir ses racines. Pas de taille, pas d'engrais, rien de spécial. C'est typiquement la plante qu'on installe et qu'on laisse vivre.
Le seul vrai geste d'entretien découle de son rôle de piège. Quand une tige se couvre de pucerons, ce qui finit toujours par arriver et c'est le but, on la coupe simplement et on la jette pour évacuer la colonie. Pas d'inquiétude, la capucine est vigoureuse et repart très vite. C'est une façon de jardiner sans aucun produit : on concentre les ravageurs sur une plante sacrifiée, et on les retire à la main.

Et puis vient le plaisir de la récolter, car presque tout se mange dans la capucine. Les fleurs, les jeunes feuilles et les graines ont un net goût poivré, qui rappelle le cresson ou la moutarde. Les fleurs colorent magnifiquement une salade, les feuilles s'y ajoutent crues pour le piquant, et les jeunes graines vertes, confites dans du vinaigre, donnent de fausses câpres très convaincantes, surnommées les câpres du pauvre. On récolte au fil des besoins, la plante refait des fleurs sans arrêt.
Dernier point, et c'est une bonne nouvelle pour les paresseux : la capucine se ressème toute seule. Les graines tombées au sol germent spontanément l'année suivante, et il y a de bonnes chances qu'elle réapparaisse d'elle-même au même endroit. Une fois invitée au potager, on l'a souvent pour longtemps.